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04 avril 2006

CPE - Ou va t-on ?

Apparemment les manifestations d'aujourdhui ne sont pas moindres que celles du 28 mars, tout au plus on annonce un moindre nombre de grevistes. Il semble donc que l'essoufflement tant attendu n'est pas encore clairement visible :)

Depuis l'intervention de Chirac, un embrouillamini ubuesque - promulguer la loi sans l'appliquer -, on a du mal a cerner la strategie gouvernementale et on hesite entre deux hypotheses:

1 - le gouvernement a choisi de differer le retrait du CPE.

Ce serait l'hypothese de la negociation et de la sagesse. Pour menager certaines susceptibilites le CPE est suspendu puis au mois de mai les parlementaires le font disparaitre le plus discretement possible.

Neanmoins cette hypothese est vraiment peu credible.

D'une part le president a promulgue la loi et le CPE est applicable immediatement. Comme le faisait remarquer un depute pince-sans-rire, tout ministre qui essayerait de s'opposer a l'application de cette loi est passible de 3 ans de prison et 75000 E d'amende (C. Penal art. 432 :)

D'autre part la personnalite politique choisie pour conduire le retrait est Sarkozy, dont on connait depuis des annees les declarations fracassantes contre le Code du travail, accuse (sic) de ne plus proteger les salaries. Tant il est vrai qu'un nouveau Code du travail elabore par l'UMP et le MEDEF serait surement plus utiles aux travailleurs :)

Ainsi l'hypothese d'un Chirac manoeuvrier mais "reglo" est peu vraissemblable.


2 - le gouvernement a choisi de gagner du temps et de maintenir le CPE.

Dans cette hypothese le gouvernement mise sur l'engagement de pseudo negociations avec les syndicats dans le but d'obtenir un repit social dans les entreprises et le secteur public.

Repit qui serait mis a profit pour lancer une operation de repression de grande ampleur en direction des lyceens et etudiants. La proximite des vacances et des examens devant faciliter le retour de l'ordre.

Au mois de mai, le calme retabli, les etudiants et salaries n'etant plus dans la rue, les parlementaires votent une nouvelle loi modifiant quelques virgules et le CPE est reconduit pratiquement a l'identique.

Finalement le gouvernement aura fait la preuve qu'il etait capable de demanteler le Code du travail. La maniere est peu elegante mais en politique seul le resultat compte !

A mon avis cette hypothese est la bonne. Elle est lourde de consequences.


Dans cette hypothese il faut examiner le positionnement des trois grands acteurs qui peuvent avoir une influence sur le conflit:

1 - les syndicats etudiants (Unef, Confederation, Sud) et lyceens (Fidl, Unl) qui ont une position relativement claire depuis le debut: pas de negociations sans le retrait du CPE.

Par ailleurs le fonctionnement democratique en Coordination nationale renforce la cohesion du mouvement.

Motives et unis les lyceens et etudiants vont continuer la lutte anti CPE jusqu'au vacances voire au dela. Leur propositions sont claires: generaliser les greves en vue de la greve generale.

Et ils vont aussi affronter une repression impitoyable (d'ou l'appel aux parents a etre presents devant les lycees afin d'eviter les bavures policieres et judiciaires)


2 - les syndicats de salaries (CGT CFDT FO), eux, ont des interets divergents mais sont contraints de rester unis tant que le mouvement anti CPE ne faiblit pas.

Les raisons sont bien connues, ne pas apparaitre trop vite comme "le traitre", eviter de perdre le controle de la lutte, etc.
Mais aussi, apres des annees d'echecs, eviter de ramasser une nouvelle defaite. La syndicalisation etant deja faible en France, se mettre une fois de plus en situation d'echec (apres les retraites, la secu, les luttes perdues, ...) deviendrait suicidaire.

Sur le terrain les directions syndicales font le minimum. Dans un jeu d'equilibre un peu surrealiste: participer aux actions pour essayer d'imposer le retrait du CPE, tout en veillant a eviter tout debordement politique qui ouvrirait une crise de gouvernement ...

L'engagement de negociations cette semaine pourrait changer la donne, certains pouvant opter pour la "trahison" en negociant separement. Surtout si la journee du 4 avril est percue comme un "flottement" chez les salaries ...


3 - les partis de gauche ont uniquement une vision utilitariste de la lutte anti CPE. Il s'agit de profiter de l'aubaine electorale: transformer les etudiants et les salaries mecontents en futurs electeurs pour 2007. Point barre.

Pas question de donner une issue politique a la crise de ce gouvernement mal elu. C'est pour cela que le mot d'ordre de "Villepin demission" est violemment rejette par le PS et les Verts. Meme un meeting unitaire commun semble encore trop "politique". Rien avant 2007 !

Aujourdhui la "gauche" totalement reunie publie un tract assez bien fait indiquant tout le mal qu'il faut penser du CPE ...

Mais apres un mois de greve et de manifs (dont une historique) la "gauche" nous offre comme seule perspective ... de signer une petition ! (sic)
Et d'attendre 2007 bien sur :)


Bon cela dit on ne peut pas toujours critiquer, il faut aussi proposer !

La premiere remarque c'est qu'il ne faut pas se focaliser sur les divergences Villepin Sarkozy. Elles sont bien reelles mais elle ne doivent pas cacher que ces deux la sont en parfaite harmonie quand il s'agit de demolir le Code du travail !

La seconde remarque c'est que nous -simples salaries- ne pouvont compter sur personne pour nous aider. Il existe mille et unes reformes interessantes concernant le Code du travail, notamment la repression des abus patronaux. Mais curieusement, droite ou gauche, ne nous proposent jamais que des reformes qui reduisent ... les droits des salaries !

Enfin la situation presente, une mobilisation nationale unitaire -etudiants salaries- fait que le rapport de force est provisoirement en notre faveur. Ne gaspillons pas ce precieux tresor en echange ... de promesses !

Bref, plus que jamais:

- exigeons le retrait du CPE, meme au prix de la chute du gouvernement

- partout des actions unitaires etudiants-salaries

- partout des coordinations democratiques

- etendons les greves pour preparer la greve generale


Tout cela peut paraitre radical, encore qu'en y reflechissant un peu il s'agisse surtout du simple bon sens, mais il faut bien mesurer l'enjeu de ce qui se passe aujourdhui.

La destruction du Code du travail c'est le basculement dans une societe de precarite generalisee ... un autre type de societe .... une forme de barbarie pour tout dire ...

Cf. http://www.liberation.fr/page.php?Article=370642

17:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Entièrement d'accord

Écrit par : TITOU | 04 avril 2006

Les commentaires sont fermés.