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21 avril 2007

Pour une gauche anticapitaliste.

Derniere note de campagne et dernier extrait du programme presente par Besancenot.

1. Pour une nouvelle force anticapitaliste

Ainsi, la période ouverte par la chute du Mur de Berlin en 1989 et la virulence de l’offensive capitaliste dans sa phase néolibérale ont modifié les enjeux et les lignes de partage à gauche. Il y a désormais deux gauches au sein de la gauche. L’une, dominée par l’idéologie et la pratique social-libérale, a abandonné définitivement tout idée de changement de société. Elle est ainsi conduite à gérer le système aux conditions étroites fixées par la globalisation capitaliste, adoptant donc, à des nuances près, pour l’essentiel les mêmes contre-réformes que celles des autres libéraux. L’autre partie de la gauche rejette les limites et contraintes du système dans une perspective de changement réel. Ce partage entre les deux gauches ne coïncident pas avec les frontières actuelles des partis ou des organisations sociales tels qu’ils sont. Les soutiens du parti socialiste, des verts ou du parti communiste, comme les militants du mouvement social sont eux-mêmes traversés par cette partition. Dispersés, les partisans de l’anticapitalisme sont affaiblis. Nous militons pour leur regroupement dans une nouvelle formation, apte à exprimer politiquement le véritable rapport de forces en faveur d’une gauche 100% à gauche. Cette nouvelle force devrait regrouper les organisations et courants politiques se réclamant de la gauche radicale et toutes celles et ceux qui cherchent et chercheront une issue hors du capitalisme, qui refusent de se soumettre aux diktats du système en participant à des gouvernements de gestion de l’économie et des institutions capitalistes. Quand ce mouvement s’enclenchera, on peut supposer qu’il entraînera des parts des organisations politiques de la gauche actuelle, mais surtout des animateurs du mouvement syndical, altermondialiste, comme du mouvement social en général.
Faire face aux tâches nouvelles, c’est surmonter les divisions passées et oeuvrer à l’unité de tous ceux qui partagent le même projet d’émancipation sociale. Le nouveau parti dont le monde du travail a besoin ne naîtra pas de simples regroupements au sommet. Il naîtra des initiatives des travailleurs-ses eux/elles-mêmes, de leurs interventions sur le terrain des luttes sociales mais aussi politiques, comme les comités du « non de gauche » en ont donné l’exemple. Il naîtra des mobilisations de la jeunesse qui donnera à l’idée de faire de la politique autrement un contenu concret, vivant, dynamique en tournant le dos aux moeurs hérités de la socialdémocratie et du stalinisme, le carriérisme et le mépris de la démocratie. La construction d’une force nouvelle anticapitaliste prendra appui sur les espoirs et les aspirations des militants comme des électeurs de gauche qui sont restés fidèles à leur volonté de transformation sociale.

Il va de soi qu’au sein de cette nouvelle force, tous les problèmes de la stratégie de lutte anticapitaliste devront être repris à nouveaux frais, en particulier la question que nous proposons au débat de la rupture nécessaire pour abattre ce système et imposer une autre logique sociale. Et donc celle de la perspective révolutionnaire, socialiste, communiste et démocratique que nous défendons. La LCR lutte pour qu'apparaisse une nouvelle organisation de ce type, dont elle contribuera loyalement au développement, pour peu que les conditions du débat démocratique interne soient garanties.

2. Front uni dans les luttes

Seule l’entrée en action de masses les plus larges permet de vérifier la portée des accords et désaccords entre les organisations, et leurs propositions respectives. Si le débat démocratique nécessite la confrontation des histoires, des idées, des programmes, il reste incomplet tant que des tests pratiques ne sont pas disponibles. C’est aussi la raison pour laquelle le débat d’idées (indispensable) ne saurait faire obstacle à l’unité la plus large dans l’action contre les mesures libérales. Si chaque organisation marche séparément en fonction de ce qu’elle propose (comme perspective globale, comme mot d’ordre immédiat et comme formes de lutte), il faut frapper ensemble chaque fois que possible. La LCR n’a pas d’intérêts propres qui s’opposeraient à des accords pour la lutte. Sur un terrain d’ensemble ou sur des thèmes plus restreints, elle cherche toujours à constituer un front unitaire des partis et organisations qui se réclament des intérêts populaires contre ceux du patronat et de la bourgeoisie. Elle s’adresse à ces organisations telles qu’elles sont, pour favoriser la mobilisation sur ce qui est commun. Ces accords pratiques doivent renforcer le caractère démocratique de la lutte et respecter la liberté de parole et d’initiative de chaque organisation.

3. Un débouché anticapitaliste

Nous récusons le reproche de « maximalisme », qui nous est parfois adressé : “ pour eux, c’est la révolution ou rien… ” ; ou, plus prosaïquement, l’accusation de refuser de “ mettre les mains dans le cambouis ”. Ceux qui nous adressent ce reproche viennent de partis qui se sont bureaucratisés, transformés en agences de professionnels de la politique attirés par les séductions du pouvoir. La discussion n’est jamais posée dans les termes d’un débat concret : gouverner, mais sur quel programme et pour quelle politique ? Nous sommes disponibles en permanence pour un tel débat.

Ce qui vaut à l’échelle gouvernementale, vaut quoiqu’à d’autres niveaux pour les institutions comme les mairies, conseils généraux et régionaux. Tout dépend de la politique proposée et surtout mise en oeuvre. Nous soutiendrions toutes les mesures qui amélioreraient la situation des travailleurs et les droits démocratiques. Nous contribuerions à leur mise en oeuvre si les électeurs nous en donnaient la responsabilité. Mais nous resterions fidèles à ce pourquoi nous luttons et ne participerions à aucune coalition contradictoire avec ce combat.

4. Pour un gouvernement au service des travailleurs

La question du “ gouvernement ” cristallise bien des espoirs et des confusions. Dans le cadre parlementaire et électoral est entretenue l’illusion qu’un changement de majorité parlementaire pourrait suffire à engager un changement politique fondamental : la mise au service des classes populaires de la machinerie étatique jusque là au service des dominants. Il s’agit bien d’un leurre : cette machinerie étatique est conforme aux intérêts des dominants. Son fonctionnement ne peut être inversé pour être mis au service des intérêts opposés. Toutes les expériences historiques, des plus anciennes aux plus récentes, le confirment. En conséquence l’objectif doit être celui d’une rupture révolutionnaire, qui ne peut être opérée que par les masses mobilisées, se dotant de leurs propres instruments de pouvoir.

C’est pourquoi, à la coalition répétée de partis de gauche avec les intérêts de la bourgeoisie, nous opposons la coalition politique de tous les partis et organisations décidées à s’attaquer réellement au pouvoir capitaliste, à former un gouvernement au service des travailleurs, aussi fidèle à leurs intérêts que les gouvernements dans le cadre capitaliste le sont aux intérêts des dominants.

Il faudrait engager pour cela immédiatement une réforme fiscale égalitaire, en finir avec les institutions de la Cinquième République, installer un réel pouvoir démocratique dans la société, oser des incursions au nom du bien commun dans le domaine sacro-saint de la propriété privée des grands moyens financiers et des moyens de production, combattre la mondialisation capitaliste et installer des rapports égalitaires de coopération Nord/Sud, imposer une politique de désarmement et de sortie de l’Otan, proposer aux autres peuples européens d’avancer vers une refondation démocratique et sociale de l’Europe (avec un droit du sol généralisé pour tous les résidents), défendre et démocratiser les services public, marcher vers une appropriation sociale.

La LCR prendrait ses responsabilités dans un gouvernement de ce type. Elle sait que l’application d’un tel programme impliquerait la confrontation avec les classes dominantes, et exigerait une formidable mobilisation populaire, susceptible de faire émerger de nouvelles formes de pouvoir donnant à un gouvernement anti-capitaliste les moyens de sa politique.

Urgence !

Il y a urgence. Les exploité-es et les opprimé-es de ce pays, la gauche elle-même ont un besoin pressant de cette force anticapitaliste. Il y a un besoin urgent d’une gauche qui ne courbe pas l’échine au premier vent, d’une gauche de combat, déterminée à riposter aux attaques d’une droite arrogante et d’un patronat qui, à l’échelle nationale, européenne ou internationale, poussent sans cesse l’avantage.
Une vraie gauche, à la hauteur des défis à relever : capable d’imaginer une société nouvelle et de lutter pour la construire. Une gauche enfin qui assume avec fierté d’être elle-même, 100% à gauche.

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