16 novembre 2007
Gagner tous ensemble.
Il ne me viendrait même pas à l'idée de critiquer le principe des syndicats. Car depuis deux siècles les salaries n'ont qu'un seul moyen d'action pour améliorer leurs conditions de vie c'est de se regrouper dans un syndicat.
Mais on ne peut pas non plus accepter d'être pris pour des crétins. L'existence d'un syndicat ne se justifie que s'il organise vraiment la lutte des salaries pour défendre leurs intérêts.
Un excellent exemple de syndicat combatif et efficace c'est le MEDEF, qui lutte partout et tout le temps pour défendre les intérêts de ses adhérents.
On ne peut pas en dire autant des syndicats de salaries qui sont devenus des relais du capitalisme, diffusant parmi les salaries les argumentaires patronaux.
Notamment en essayant de faire croire qu'il ne sert plus a rien de lutter tous ensemble mais qu'il nous faut accepter le capitalisme sauvage et que nous sommes condamnés à accepter de négocier notre surexploitation !
Lorsque les dirigeants patronaux vitupèrent contre nos retraites (qualifiées de "charges" sociales) les dirigeants syndicaux répliquent énergiquement : "oui, vous avez raison ! il faut reformer les retraites !"
Ce travail de désarmement moral des salaries est particulièrement pernicieux.
Il laisse les salaries sans arguments pour contrer une propagande massive propagée depuis vingt ans par le patronat en vue de liquider nos acquis sociaux. Acquis de haute lutte en 36 45 68 !
Plus grave, les syndicats cautionnent, voire organisent, la division des salaries.
En 2003 le gouvernement promettait la main sur le coeur : "Nous ne toucherons jamais aux régimes spéciaux ni a la retraite a 55 ans pour les professions pénibles"
Ce qui permit a Fillon de faire passer - non sans mal - le démantèlement des retraites des fonctionnaires sans devoir affronter une grève massive de tout le secteur public !
Alors qu'il est évident que la reforme des retraites concerne tous les salaries, prives ou publics, et que faire croire le contraire est seulement une manoeuvre de division.
Soit dit en passant les dirigeants syndicaux qui font ce sale boulot ont complètement rejoint le capitalisme. A la CGT l'un des dirigeants (Le Duigou) a écrit un livre pour promouvoir ... les fonds de pensions ! A la CFDT l'ancienne dirigeante (Notat) est maintenant devenu PDG (si !) Et les exemples de corruptions sont innombrables: "tu me casses une grève et je te nomme dans une sinécure grassement payée". Le dernier épisode est celui des fonds patronaux (UIMMM) verses de la main a la main !
En ce moment la grève pour sauver les retraites est une illustration de ces manoeuvre syndicales.
1 - la grève est dirigée par une "inter syndicale" dont les participants n'attendent que le moment propice pour "trahir" les grévistes
Combien de fois faudra t-il répéter qu'une lutte dirigée par une inter syndicale est une lutte perdue d'avance dans 99% des cas !
La seule façon de lutter efficacement c'est en créant une coordination fonctionnant démocratiquement. C'est possible. C'est relativement facile a mettre en place et c'est efficace comme le montre, par exemple, la grève des étudiants en ce moment !
2 - a aucun moment les principaux syndicats n'ont rappelé que nos retraites ne sont en rien menaces par une soit disant fatalité démographique
Ce que prétend patronat, gouvernement et syndicat est faux.
La société est de plus en plus riche et le financement des salaries ages ne dépend que de la répartition des richesses crées par ceux qui travaillent.
(Et par ailleurs a "plus de retraites moins d'actifs, on fait comment ?" il faut répondre clairement "plus de retraités qui meurent de faim, on fait comment ?" mais ces arguments ne sont pas syndicaux :)
3 - a aucun moment les principaux syndicats n'ont rappelé que la grève actuelle concerne par ricochet en 2008 l'ensemble des salaries et qu'il faut mobiliser tous les secteurs publics et prives
D'autant que c'est la même politique anti sociale qui sévit dans tous les secteurs : contre une attaque unique il faut une riposte unique !
ah mais le syndicat ne fait pas de politique ! Sauf que l'indemnisation du chômage ou la retraite a 60 ans c'est déjà de la politique !
Bref c'est un véritable travail de sape qui est mené contre les salaries, par le patronat, le gouvernement et les syndicats, et qui surfe sur la vague permanente de désinformation par les médias. Cf Acrimed
Dans le cas de la grève actuelle dans les transports, nous avons eu droit a une vraie comédie :
Acte 1 - Sarkozy affirme qu'il va laminer les régimes spéciaux. Sous entendant aussi qu'a la différence de 1995 il affrontera et vaincra les cheminots ! Donc le gouvernement refuse de négocier sur l'age de départ et la décote et renvoie aux négociations dans les entreprises pour le reste.
Acte 2 - Sous la pression des salaries tous les syndicats s'opposent mollement à la reforme et demandent des négociations. Une grevette d'avertissement est organisée. (comme si 24H de grève sectorielle pouvait impressionner Sarkozy !)
Acte 3 - La grève sérieuse (reconductible) débute. Les syndicats la soutiennent sans excès de zele et déjà tous cherchent une astuce pour appeler a reprendre. L'idée géniale vient de la CGT qui propose les négociations tripartites ... qu'elles refusait la veille. Le gouvernement accepte volontiers ... ce qu'il propose depuis le début !
Acte 4 - Est ce la fin de la grève ? Non ! Car avec un tel enthousiasme syndical (c'est foutu, faut négocier !) la grève semble faiblir. Le gouvernement - qui veut les grévistes a genoux - exige que la grève cesse avant que les négociations commencent. Il veut les salariés a genoux, en chemise, la corde au cou !
Et pour quelles négociations ? Le coeur de la reforme n'est pas négociable ! Et les "propositions" de la direction fleurent bon l'arnaque ...
En même temps le gouvernement sort la matraque : pas de piquet de grève, pas de blocage des trains. Les CRS ne sont plus très loin (mais pour le moment ils matraquent de l'étudiant :)
Et l'UMP organise une manif anti grève dimanche, ou quelques bourgeois imbéciles viendront vomir leur haine du salarie indocile. (ca passera au 20H :)
Contrairement aux apparences les grévistes ne sont pas KO debout. Les chiffres réels des grévistes sont bien plus élevés que ceux publies par Thibault, Bertrand et Sarkozy :) Cf Rouge
Mais il faudrait se souvenir des leçons de 1995 et vite !
En 1995 Juppe a perdu parce que toute la fonction publique était en train de rejoindre les cheminots et des millions de manifestants étaient dans les rues.
Eh bien aujourd'hui c'est la même problématique. Isolés et seuls en grève les cheminots seront écrasés !
Tandis que si leur mouvement converge avec d'autres mouvements sociaux qui sont en cours c'est la perspective d'une victoire qui est en vue.
Cela dit les syndicats vont tout faire pour les laisser isoles. La réaction brutale du leader CGT SNCF menaçant les étudiants qui voulaient manifester avec les cheminots est révélatrice ("votre sécurité ne sera plus assure", traduction : il va vous arriver des bricoles si vous rentrez dans les gares !)
Ce qui remet de nouveau - encore et encore - la question de la prise en charge de la grève par les grévistes eux même, sous forme d'une coordination nationale démocratique ...
Alors je résume :
On ne peut gagner contre le libéralisme sauvage que tous ensemble !!
PS
Et je retire ce que j'ai dit sur les syndicats en ce qui concerne SUD - unitaire et démocratique - qui fait un travail remarquable !!!
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