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27 septembre 2008

Les mensonges de Sarkozy.

Le discours de Sarkozy à Toulon est un texte remarquable, mélangeant des approximations économiques, des gros mensonges et de belles envolées morales ... pour se conclure par la nécessité d'un rigoureux programme anti social pour sauver le capitalisme moribond !!

On peut lire ce beau texte littéraire - mais mensonger -, probablement écrit par H. Guaino, sur le site du Monde ou bien le télécharger en pdf sur Elysee.fr

Mais voyons de plus près quelques éléments du discours.


1 - dire la vérité aux français.

Malheureusement c'est tout le contraire qui se produit. Depuis des mois le gouvernement nous dissimule des informations sur la réalité de la crise et quand finalement il n'est plus possible de cacher la gravité de la crise, nous avons droit à un discours creux et démagogique.

La crise des "subprime" est publique depuis au moins l'année 2007 et compte tenu de la "mondialisation", il est bien évident que les banques francaises sont touchées.

Et bien évidemment le gouvernement avait les moyens de connaitre la situation des banques françaises.

Ce qui n'a pas empêché Sarkozy, Lagarde, Fillon et d'autres de nous mener en bateau depuis des mois en prétendant que :

- la crise était très exagérée
- la France ne sera pas touchée
- la croissance repartait
- le chômage diminuera etc.

A cet égard il suffit de revenir sur les déclarations 2007-2008 du ministre Lagarde pour avoir un florilège de déclarations mensongères.

Alors puisque nos dirigeants ont menti soit par incompétence, soit par calcul politique, dans tous les cas ils sont responsables et ils doivent payer !

Démission du gouvernement des menteurs Lagarde, Fillon, Sarkozy !!


2 - l'écran de fumée des parachutes dorés.

Les discours de Sarkozy sont remplis de "storytelling", ces belles histoires du type contes de fées que l'on raconte aux enfants - et maintenant aux salariés - pour leur édification morale.

L'histoire de la crise des "subprime" et de l'effondrement financier, revue par Sarkozy et ses nègres storytellers, devient ainsi :

"Il était une fois de gentils capitalistes qui ont été honteusement trompés par des méchants PDG gestionnaires cupides ..."

Revenons sur terre. Les maitres d'une entreprise, les vrais patrons, ce sont ceux qui avancent le pognon, les actionnaires par exemple !

La détermination du salaire d'un PDG ou CEO ou gestionnaire de grande entreprise se décide démocratiquement lors d'une réunion des gros actionnaires, en conseil d'administration par exemple.

C'est la loi du marché des (haut) salaires qui joue: "vous me donnez 1 milliard par an sinon je me fais recruter par un autre groupe. Et il n'est pas rare que les contrats soit âprement discutés par des bataillons d'avocats.

Mais cela ne concerne que peu de gens. Le plus souvent il ne s'agit pas réellement de salariés mais de personnes qui sont aussi propriétaires de l'entreprise .... capitalistes eux mêmes !

Et la fable sarkozienne sur la crise financière mondiale provoquée par les abus d'une poignée de gestionnaires cupides ne tient pas la route une seconde.

Bien au contraire, ces gestionnaires sont généralement compétents et ils agissent au mieux des intérêts des actionnaires. Et quand on sait que les actionnaires exigent une hausse des profits de 5 ou 10% chaque année, il ne reste pas d'autre solution que la course au profit à court terme ..

Il n'y a pas à chercher des boucs émissaires imaginaires, c'est le système capitaliste qui est en défectueux et nous en subissons les dégâts depuis deux siècles déja !!


3 - le bon capitalisme et le mauvais capitalisme.

Le discours sarkozien invente une nouvelle fable "storytellienne" : il y aurait un "vrai" capitalisme (bio à 100% ;) et la crise actuelle serait provoquée par des "excès" du "mauvais" capitalisme dévoyé ...

En son temps le PCF avait essayé de faire ce subtil distinguo entre le "grand capital" (le méchant loup) et le bon capitaliste français (le gentil patron)

Hélas la réalité du capitalisme c'est qu'il forme un système complet industriel et financier. (et idéologique et politique aussi !)

C'est le fonctionnement normal du système qui provoque des crises à répétition, soit des crises de surproduction, soit des crises financières ... et au passage des guerres incessantes, de la misère, des famines ...

Les explications théoriques me dépassent et de toute manière ne tiennent pas dans un article, je vous renvoie par exemple au récent livre de Michel Husson : "Un pur capitalisme" pour en savoir plus ...

Mais le principe de fonctionnement du capitalisme est simple : c'est la recherche du profit maximum.

Or ce système est incompatible avec le fonctionnement "normal" de la société puisque le seul critère sérieux c'est la recherche du profit immédiat !

C'est pourquoi par exemple nous ne règlerons jamais les problèmes écologiques dans le système capitaliste (désolé M. Hulot). Une entreprise nucléaire serait obligé de multiplier ses tarifs au moins par 10 si elle prenait en compte le traitement des déchets à long terme. C'est seulement en les faisant prendre en charge par les contribuables qu'EDF peut fonctionner.

Lors du dernier grand désastre - la 2ème guerre mondiale - le capitalisme avait mis en place des régulations, par exemple des lois sociales ou l'interdiction de certaines pratiques.

Mais depuis les années 80 le courant néolibéral, dont Sarkozy est le bras politique en France, supprime toutes les limitations au principe du profit maximum

Avec les résultats que l'on connait ...


4 - nous allons réguler le capitalisme.

Quand on entend ce genre de propos dans la bouche d'un excité du néolibéralisme comme Sarkozy, on a envie de dire : "les bras m'en tombent" !!

Déjà pour réguler le capitalisme il faudrait mettre en place des lois et se donner les moyens de les appliquer.

Le gouvernement Sarkozy fait exactement le contraire. Il supprime toutes les règlementations et les contraintes qui obligeaient les capitalistes à modérer l'exploitation des salariés. (casse du droit du travail, etc)

Et pour les quelques lois qui restent en sursis, il démantèle les administrations de manière à ce que ces rares contraintes ne puissent être appliquées.

Plus grave encore.

Au nom du dogme de la "libéralisation des marchés" ce gouvernement détruit tous les services publics essentiels à la vie en société (transports, communications, énergie, santé, écoles ...) pour les donner au secteur privé, lequel se hâte d'appliquer le principe du "vrai" capitalisme : le profit maximum immédiat !!

Privatisations qui permettent à de nombreux grands pays d'avoir des problèmes graves avec leur énergie, leur système de santé, d'éducation etc.

Mais le dogme néolibéral assène : "avec le privé c'est mieux parce que le libre marché est plus efficace"

Certes le libre marché est plus efficace pour engraisser les capitalistes, mais dépourvu de toutes entraves c'est une catastrophe pour les populations ...

Parenthèse. Il est intéressant de comparer les mesures de contrôles minutieux mis en place par Sarkozy contre les chômeurs et les "pauvres" en général avec les mesures de "régulations" qui visent les riches.

Le RMIste est dans un fichier et mis sous surveillance, des visites domiciliaires sont effectuées (ou dit aussi parfois "perquises" ;) et son train de vie fait l'objet d'enquêtes quasi policières ...
Le chomeur, lui, est sommé de prendre n'importe quel travail à n'importe quel prix et il doit rendre des comptes détaillés pour justifier sa recherche d'emploi, et il est présumé coupable d'être un feignant.

Voila de vraies régulations et de vrais contrôles !

Quant aux contrôles des capitalistes ... euh je cherche encore :)


5 - nous avons une solution pour régler la crise.

En fait cette affirmation de Sarkozy masque une réalité vraiment sordide.

Tels des charognards, nos gouvernants entendent provoquer le maximum de peur dans la population et de profiter de la situation pour accélérer la libéralisation totale de nos sociétés !

Quand on reprend le discours catastrophe de Sarkozy on voit nettement le glissement astucieux : "c'est une crise dramatique, c'est la faute des méchants capitalistes, mais nous les gentils capitalistes on va tout arranger avec un super plan de libéralisation !"

Et Sarkozy embraye tout de suite avec un super plan de mesures anti sociales :

- suppression des services publics
- précarisation des fonctionnaires
- diminutions des salaires avec le RSA
- privatisation EDF, de l'éducation
- subventions pour les patrons
- eco-impôts pour les pauvres
(...)

On voit facilement que toutes ces mesures dessinent un paradis économique pour les nantis et de futurs purgatoires pour les salariés ...

Or c'est exactement l'inverse qu'il faudrait faire pour tenter de résoudre la crise. Taxer les plus riches dont la cupidité a provoqué une crise économique et redistribuer aux moins riches pour relancer la consommation !

La solution de Sarkozy - une aubaine pour le capitalisme - va renforcer toutes les tares du système qui sont à l'origine de la crise provenant des "subprime" (qui consistait à trop prêter aux pauvres pour les dépouiller ensuite !)


5 - il n'y a pas d'autres solutions que le capitalisme.

Après le plan de reprise des banques, un journal américain a fait le jeu de mot suivant : "maintenant nous devons modifier le nom des USA pour le transformer en USSA, ce qui veut dire Union des états socialistes d'Amérique" :)

En effet la solution de Bush pour régler la crise, qui au fond est à peine différente ce que propose Sarkozy, consiste à taxer tous les salariés américains - à hauteur de 1000 milliards de dollars (sic) - pour les donner aux capitalistes dans le besoin ...

On a du mal a y croire tellement le procédé est "coluchien" mais c'est pourtant vrai :)

Quand le capitalisme est prospère - le plus souvent grâce a la misère des salariés - les bénéfices vont directement dans la poche des capitalistes

Lorsque le système déraille et ne produit plus assez de profits, alors on demande aux salariés de se serrer la ceinture ...

Privatisation des bénéfices, collectivisation des pertes !

Et on obtient ce résultat en nationalisant les entreprises quand elles font des pertes afin que le contribuable participe à leur redressement et ensuite en privatisant les entreprises quand elles vont mieux afin que les capitalistes puissent récupérer les bénéfices ...

C'est ce qu'on appelle un système gagnant-gagnant (mais seulement toujours pour les capitalistes !)

Le revers de la méthode Bush - ou de son émule Sarkozy - c'est qu'à un moment les salariés peuvent se dire : mais ces entreprises sont à nous puisqu'on les a financées, et donc on les garde ...

Et de nationalisations en nationalisations on en arrive à une économie "socialiste" - au sens de Bush ou Sarkozy - mais dont les bénéficiaires sont les simples travailleurs !!

Et franchement au 21ème siècle je ne vois pas quels obstacles nous empêchent de décider : les hôpitaux, les universités, les transports ... on les a payés avec nos impôts, alors on les garde pour nous !!

Et donc contrairement aux bobards de Sarkozy :

Oui ! Il existe des alternatives crédibles au capitalisme !

Mais évidemment les nantis vont se battre pour garder leur privilèges ...

Et par ailleurs, jamais encore dans l'Histoire un peuple n'a réussi à prendre vraiment le contrôle de son économie dans l'intérêt des populations ...

D'un autre coté, si le Capital nous rejoue 1929 on n'aura guère le choix que de mourir de faim ou de donner un coup de poing sur la table des nantis pour changer les règles du jeu ...

Mais ca s'appellerait une vraie Révolution :)

20:18 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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