Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

19 février 2009

Répression en Guadeloupe. (suite)

Rappel : toute la population de la Guadeloupe, même les plus critiques ne parlent pas de moins de 80% des guadeloupéens, fait grève depuis un mois et descend régulièrement dans la rue pour manifester pour des revendications sociales.

Après avoir joué le pourrissement depuis un mois - en vain - le gouvernement Sarkozy a engagé l'épreuve de force en articulant ses attaques anti sociales sur trois plans :

- au niveau politique en obtenant l'appui des élus PS de Guadeloupe
- au niveau policier et militaire en envoyant plus de 2000 CRS
- au niveau médiatique avec une campagne de communication décoiffante

L'objectif est de casser le mouvement en brisant le front politique, en organisant une répression féroce et SURTOUT en ne cédant rien sur le social et sur les augmentations de salaires.

Ce gouvernement aux ordres du patronat se rend bien compte qu'en laissant accorder aux Antilles une augmentation de salaires de 200 euros, ce serait ouvrir la voie à des revendications identiques en France aussi !

Ce qui explique l'incroyable dureté du gouvernement Sarkozy.


1 - au niveau politique.

La mission Jego qui avait pour but de diviser et désamorcer le mouvement social s'est cassé les dents sur un collectif LKP qui a maintenu ses exigences minimales (car 200 euros c'est vraiment une revendication minimale !)

Sarkozy est donc passé à l'action aujourd'hui.

En milieu d'après midi il s'est entretenu avec les élus - essentiellement PS - afin d'arriver à un accord pour casser la grève. Apparemment les déclarations de fin de conférence montrent que tout baigne, les élus PS sont prêts à relayer le message du président Sarkozy !

On imagine volontiers le type de tractations effectuée. Dans la perspective de la fusion des départements et des régions il y a de nombreuses places à répartir :)


2 - au niveau policier.

On en est maintenant au moins à 2000 CRS ou mobiles qui "opèrent" en Guadeloupe et dont l'intervention est à l'origine des incidents survenus ici ou la sur quelques barrages routiers et dans quelques quartiers sensibles.

Pour l'anecdote ils ont aussi envoyé le RAID et le GIGN ... en souvenir d'Ouvéa peut être ?

Clairement l'objectif du gouvernement n'est pas de protéger les civils, qui n'ont à aucun moment été menacés, mais de mettre en oeuvre une répression policière et judiciaire impitoyable.

Et à mon humble avis, l'objectif final des multiples provocations policières dont se plaignent les guadeloupéens (agressions, injures racistes) a pour but de créer un climat de chaos proche de celui des banlieues en 2005.

Afin d'avoir l'occasion d'exploiter un sentiment de peur et d'instaurer l'état d'urgence (comme en France en 2005 !!)


3 - au niveau médiatique.

Sarkozy vient de présenter - directement sur RFO - ses propositions qui sont une longue litanie de bonnes intentions ("je sais que vous êtes très malheureux") et d'une longue série de mesures ... qui ne coutent rien financièrement mais qui vont meubler la conversation pendant des semaines :)

Parallèlement les médias ont commencé leurs reportages chocs sur les "scènes de violence et d'émeute" en Guadeloupe.

Le top de la désinformation a été atteint (provisoirement !) par iTele qui manquait d'images de violences (forcément il ne se passe pas grand chose de méchant en Guadeloupe) et qui a diffusé son reportage sur la "violence" en Guadeloupe en utilisant des images de ... Madagascar !!

Reportage bidon.

Un procédé incroyable, probablement imité par d'autres médias, et qui en dit long sur les manipulations et le mépris des médias aux ordres de Sarko !

Accessoirement le site web du LKP est curieusement "tombé en panne" ... soit disant une trop grande affluence, mouais ..

Quand au militant du LKP tué dans des conditions très bizarres, l'hypothèse d'un "contrat" établi par la maffia politico financière locale n'est pas à exclure, il semble que le fonctionnaire enquêtait sur des "affaires" ... la "violence" fait une couverture parfaite pour le meurtre.


Pour conclure il faut examiner les détails du plan Sarkozy chiffré à 580 millions - et totalement virtuel - qui ressemble à tous les autres foutages de gueule dont les salariés français ont déjà bénéficié à d'autres occasions.

- en ce qui concerne les salaires c'est un NON franc et massif. En accord avec le patronat, des augmentations de 35 a 120 euros seront accordés aux bas salaires uniquement - en échange d'exonérations patronales bien évidemment - et sans doute négocié branche par branche. Ce qui signifie qu'une infime poignée de salariés toucheront quelques dizaines d'euros.

Bien sur le dispositif est limité dans le temps (faut pas déconner, on veut bien être follement généreux mais faut pas abuser)

A mettre en regard comme d'hab avec les dizaines de milliards accordés sans contrepartie sérieuse au patronat.

Bref la principale revendication des grévistes, les salaires, c'est non.

- en ce qui concerne les prix Sarkozy accorde une vague promesse d'accord avec les distributeurs pour baisser les prix de quelques produits. Du carburant aussi. En France on connait depuis longtemps les "accords Sarkozy" pour faire baisser les prix et "augmenter le pouvoir d'achat".

Que celui qui a beaucoup gagné de pouvoir d'achat avec ces accords bidons me contacte, moi j'ai rien vu !

- l'application du RSA, chiffrée à 280 millions, n'apporte rien de nouveau. C'est simplement le dispositif RSA applicable en France, y compris la prime de 200 euros. Le gouvernement voulait en priver la Guadeloupe, alors il a fait un effort et leur donnera les mêmes droits qu'aux français.

En Sarkozie on appelle cela une "avancée sociale". (Pour mémoire le RSA est ce dispositif qui aide les patrons a donner des bas salaires.)

- comme dans chaque crise, et même sans crise, le patronat reçoit son pactole sous forme de nouvelles zones franches, exonérations et autres cadeaux qui seront nettement moins médiatisés que les bonnes paroles de Sarkozy mais qui tomberont en espèces sonnantes et trébuchantes !

- enfin Sarkozy propose une réforme des institutions et un référendum pour les appliquer, ce qui correspond ni plus ni moins au projets de réforme des collectivités locales envisagé aussi en France.

En prime nous aurons des Etats généraux qui bavarderont durant trois mois des "réformes" ultralibérales à faire passer aux Antilles. C'est aussi une grossière manoeuvre pour diviser les grévistes entre ceux qui viendront discuter et ceux qui demanderont du concret.


Et Sarkozy termine par la promesse du rétablissement rapide du "calme" (lire "casser la grève") et par une grande fermeté (lire "matraquages massifs")


Voilà comment l'ultralibéralisme traite les problèmes d'un département sinistré dont qui accumule les handicaps : ségrégation blancs/noirs, faibles salaires, problèmes d'emplois et de formations, etc ...

Une vraie leçon de choses pour deviner ce qui se va se passer en France !


22:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.