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05 mars 2009

Guadeloupe.

Victoire !

C'est le mot qui revient dans la bouche de tous les salariés de Guadeloupe. Et même si l'analyse impose d'être circonspect il faut reconnaitre que l'accord signé jeudi va réellement améliorer la vie de milliers de foyers guadeloupéens. (Et cela avec une dépense de quelques centaines de millions d'euros, une paille à coté des centaines de milliards avec lesquels jonglent financiers ripoux et gouvernements aux ordres !)

Coté patronal on parle de malheurs et de désolations, de faillites, de crise et de chômage massif, à cause des 50 euros qu'ils devront débourser ?. (A ce propos il devient urgent d'interdire les licenciements, car d'une part leur nombre augmente rapidement et d'autre part le patronat utilise le chantage généralisé pour imposer des conditions de quasi esclavage aux salariés !)

J'ai suivi les évènements de Guadeloupe avec attention, et un peu d'inquiétude, car entre un patronat local digne du 19ème siècle et un gouvernement néolibéral de choc, on pouvait raisonnablement craindre que ces gens là jouent sciemment la carte du pire : pourrissement, provocations, répression, état d'urgence (comme en France en 2005).

Et le gouvernement Sarkozy a essayé de jouer l'usure en maintenant le silence pendant un mois, puis les négociations bidons. Mais la Martinique a pris le relais en cours de grève et la Réunion bouge également. Et le pire pour le patronat c'est que les Francais ont massivement soutenu la grève, y compris en manifestant en France.

Bref Sarkozy n'a pas osé. La situation en France est si tendue, le mécontentement anti capitaliste est si fort, que le gouvernement doit reculer de plus en plus souvent : sur les licenciements de fonctionnaires la loi est bloquée depuis 6 mois, sur la réforme de la recherche la loi Pecresse est abandonnée, etc.

Finalement un accord, très soft d'ailleurs, a été concédé au LKP pour obtenir la reprise du travail le plus rapidement possible.

Et à ce sujet, comme le soulignent les porte paroles du LKP, tout reste à faire. Dès la reprise du travail, le MEDEF et la CGPME vont tout faire pour saboter l'accord et dans chaque entreprise les salariés vont devoir aller chercher leurs 200 euros avec les dents !

En attendant de voir la suite, il est intéressant d'examiner quelques aspects de cette lutte en Guadeloupe.


1 - une mobilisation sur un programme clair, précis, concret et complet.

Le mouvement a commencé en décembre 2008, comme l'explique la chronologie sur le site du LKP.

C'est un programme clair et complet divisé en 10 sections et 123 revendications qui a servi de support et de guide pour la mobilisation.

Personnellement, la leçon que j'en tire c'est que rien de sérieux ne se fait sans avoir réfléchi sur la direction à prendre, quitte à y perdre du temps en discussions. Le tout c'est d'arriver à trouver le socle revendicatif unifiant !

Ou pour faire savant en citant Seneque : "nul vent n'est favorable pour celui qui ne sait pas ou il va" :)


2 - une mobilisation dans un cadre unitaire.

C'est donc un mouvement calme et réfléchi qui a engagé la lutte contre le patronat. Tout le contraire d'une "insurrection spontanée" de type mai 68 qui regroupe une myriade de groupes désorganisés sans objectifs communs.

Avant même le début de la grève, les salariés ont formés un mouvement unitaire réunissant 48 ou 49 organisations.

Il faut bien le souligner : 48 organisations différentes rassemblées sur un programme commun et agissant de manière coordonnée pour le faire appliquer !

Un cadre unitaire sous forme d'une organisation, le LKP, et l'adhésion de la très grande majorité de la population approuvant le programme commun. Résultat des manifestations massives et un soutien à la grève jusqu'à la victoire !

Faut il le souligner, ce qui est possible en Guadeloupe devrait bien être possible en France.


3 - une mobilisation disposant de sa propre force de sécurité.

La première réponse du gouvernement a été d'envoyer des CRS ou plutôt des gardes mobiles, c'est à dire des gendarmes avec du matériel lourd : véhicules blindés, hélicos, etc

Et dès le début les grévistes avaient constitué leur propre force de sécurité.

Je suppose que les récits ultérieurs le confirmeront, mais mon idée c'est que la "sécurité" du LKP a permis à ses dirigeants d'éviter plein de mauvais coups et aux manifestants d'éviter plein de méchantes "provocs", notamment des flics de la police politique secrète de Sarkozy !

En même temps le LKP a pu imposer ses manifestations de masse dans le calme et ses démonstrations de force partout ou c'était utile !


4 - une direction du mouvement efficace.

Bien que je ne connaisse pas "l'organigramme" précis du LKP, il est apparu clairement que les grévistes ont disposé d'un "comité de grève" dirigeant l'action, disposant de l'autorité nécessaire et coordonnant tout le mouvement de manière efficace.


Je ne sais pas quel élément est le plus important mais je sais que la réunion de ces quatre éléments est décisive: un programme clair, un regroupent unitaire, une sécurité correcte et une direction efficace.

Il faut aussi ajouter qu'il ne s'agit pas d'un mouvement politique à proprement parler mais d'un mouvement syndical.

Les dirigeants de la grève sont d'ailleurs des syndicalistes et non des politiciens.

Mais leur action va probablement changer globalement la vie en Guadeloupe. Ce qui est en fait une action globale donc politique !


La lutte réussie des Guadeloupéens - qui il est vrai vivaient largement dans un système social datant d'un siècle - devrait être étudiée très attentivement.

A mon humble avis, c'est en utilisant de telles méthodes que les salariés pourront changer la société.

De manière réfléchie, dans le calme et avec la fermeté nécessaire.

De bien belles leçons !

21:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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