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15 mars 2009

La chasse aux pauvres est ouverte.

Ces derniers jours, dans la plupart des grandes villes, des dizaines de milliers (chiffre officiel et très en dessous de la réalité) de bénéficiaires d'aides sociales ont vu leur versements supprimés.

Ce qui crée des situations inextricables : familles en rupture de loyer pour cause de non versement de l'allocation logement ou tout simplement plus d'argent pour finir le mois ...

Ces familles ont pourtant droit aux allocations mais elles sont victimes d'un bug informatique.

Flashback. 2007

Avec la création de la DNCLF Sarkozy avait - enfin - réalisé l'un de ses fantasmes : mettre en oeuvre un grand service chargé de surveiller, notamment par des contrôles informatiques (vous avez dit CNIL ? :) que les "pauvres" ne touchent pas un centime de trop !!

Toutes les études prouvent pourtant que la fraude sociale est marginale en France. Elle représente quelques % des allocataires et elle provient principalement soit d'une négligence administrative des allocataires (qui ont oublié une virgule sur un formulaire), soit de l'investissement du grand banditisme qui trouve que l'escroquerie est moins risqué que les attaques de banques (ce qui est vrai :)

Mais dans l'imaginaire étriqué des petits bourgeois du type Sarkozy : les pauvres sont forcément des fainéants et des fraudeurs !!

(En revanche les riches qui magouillent en Bourse ou traficotent dans les paradis fiscaux sont de valeureux Zentrepreneurs devant lesquels les Administrations de l'Etat doivent s'agenouiller !! Deux poids, deux mesures)

Tel est le cadre idéologique de la grande catastrophe qui frappe la CNAF aujourd'hui.


Donc en 2007 après mures réflexions les grands esprits de la DLNCF, de la CNAF et quelques autres qui se reconnaitront ont mis en place un système de surveillance des revenus des pauvres.

Il s'agit de relier entre eux deux grands fichiers : le fichier des déclarations d'impôts et le fichier des allocataires de la CNAF.

Autant le dire de suite c'est mission impossible. Les dates de confection des fichiers ne coïncident pas, la population de l'un est différente de la population de l'autre, les systèmes informatiques sont différents, etc

Mais peu importe : Sarkozy l'a décidé et on l'a fait pour la première fois en 2009 !!

Le résultat était prévisible. Des dizaines de milliers d'allocataires se sont vus "éliminés" des versements de la CNAF auxquels ils ont droit.

L'article du Canard enchainé du 11 mars décrit quelques unes des ces situations kafkaiennes :

- jeunes à charge de ses parents (l'ordinateur prend le revenu des parents au lieu des siens !)
- négligents ayant mal rempli la déclaration d'impôts (ou en retard)

Bref selon le chiffre officiel ce sont 45000 allocataires qui se retrouvent dans le rouge avec des conséquences graves : loyers non payés, interdits bancaires, ... ou les restos du coeur ...


Que croyez qu'il adviendrait si d'aventure les riches bénéficiaires des subventions ou des exonérations de charges se voyaient pénalisés de quelques euros ?

La presse en ferait ses grands titres, ce serait le drame au JT de 20H et le présentateur nous ferait pleurer sur un patron millionnaire au bord de la crise de nerf ... peut être qu'il rajouterait "à cause de ces 10 euros manquants je vais devoir licencier ... mon jardinier !"

(Et prière de ne pas rigoler, le JT nous en a fait avaler des plus gros ! :)

Et quelques grands penseurs nationaux viendraient déblatérer en direct sur la faillite de l'Etat, l'archaisme des fonctionnaires tous incompétents et incapables ... et la nécessité des supprimer toute cette règlementation qui brime injustement les riches ...


Alors dans le cas des pauvres c'est beaucoup plus simple.

Le problème de la CNAF ayant été brièvement évoqué par quelques journaux, pas tous bien sur, on va en rester la.

Personne ne met en doute la nécessité de surveiller les pauvres et de les traiter comme des "coupables d'office"

Quand au règlement du problème du manque de personnel des CNAF, pour pouvoir résoudre rapidement ces dizaines de milliers de cas parfois dramatiques, rien ne presse !

Sans doute, si les salariés de la CNAF se mettent en grève, on va embaucher quelques intérimaires, mais pas beaucoup !


Cette affaire est le reflet de la réforme de l'Etat néolibéral.

Il ne s'agit pas tant de faire moins d'Etat, avec moins de fonctionnaires et moins de règlementations.

Il s'agit au contraire de faire toujours plus de règlementations dirigées contre les salariés, de remplacer les fonctionnaires par des intériméraires (loi mobilité article 10) et de supprimer toutes les contraintes pour les patrons et les nantis.

Un vrai choix de société.

Et qui devrait faire réfléchir ceux qui se laissent tenter par le discours libéral sur le soit disant "moins d'Etat" ...




12:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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