Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

19 avril 2009

L'Etat pénal.

L'Etat pénal c'est l'Etat qui renonce à toutes ses fonctions sociales pour se recentrer sur une seule fonction : la répression.

Dans un sens c'est bien un Etat minimum, puisque la plupart des services publics assurés par l'Etat ont été supprimés ou confiés à des entreprises privées.

C'est aussi, selon le jargon néolibéral, un Etat efficace - qui atteint ses objectifs de répression des classes populaires - et un Etat efficient car il réalise ses objectifs au moindre cout. (et en défiscalisant les plus riches :)

Le concept d'Etat pénal n'est pas de moi, et à vrai dire j'ignore qui l'a inventé, mais on peut en trouver une bonne illustration dans ce texte : fichier pdf.. Et je dois dire que le terme d'Etat pénal représente bien ce que nous vivons actuellement.

L'exemple de l'Etat de Washington aux USA - véridique - ressemble à une vraie caricature :

- Avant l'arrivée de Reagan: L'Etat avait 15000 étudiants et 3000 retenus.

- Après les réformes néolibérales : L'Etat avait 3000 étudiants et 15000 détenus.

De tels chiffres montrent concrètement comment fonctionne le néolibéralisme. Et quand on examine de près le projet sarkozyste en France, plus de prisons et moins de services publics, on voit que c'est une tendance mondiale ...


A grands coups de propagande les néolibéraux ont imposé deux idées qui se rejoignent miraculeusement :

1 - les fonctions sociales de l'Etat coutent trop cher et sont inutiles

2 - les moyens étatiques de "sécurité" sont trop faibles et doivent être augmentés

Et le résultat logique de ce bourrage de crane permanent depuis 20 ans c'est la transformation rapide de l'Etat social en Etat pénal.

L'Etat social c'est celui qui considérait que son action devait avoir pour but le bien être des citoyens et leur fournir des services de qualité dans tous les domaines de la vie courante : éducation, santé, justice, fourniture d'eau et d'énergie à faible cout, etc..

L'Etat pénal c'est celui qui considère que la seule fonction essentielle de l'Etat c'est de protéger la propriété, et plus précisément les intérêts des nantis - rebaptisés "élites" pour faire plus naturel - et ceux des gros détenteurs de capitaux.


On pourrait se demander si cette marche forcée néolibérale vers une société toujours plus répressive contre les salariés - et par symétrie toujours plus laxiste envers les nantis - est un accident de l'Histoire ou le résultat d'une politique volontariste ?

La réponse est clairement qu'il s'agit d'un changement de société voulu, préparé et organisé par les couches les plus supérieures de la société.

On en trouve la preuve dans les travaux - grassement sponsorisés - des cercles de réflexion de la bourgeoisie, depuis la célèbre "commission Trilatérale" des années 70 jusqu'au très modernes "think tanks" qui sévissent dans tous les pays industriels.

La très haute bourgeoisie internationale - car les Etats nationaux n'existent vraiment plus pour les capitalistes - a décidé d'en finir avec les systèmes sociaux qui dataient des années 50. Quand la peur de voir les salariés devenir communistes avaient obligé le patronat à donner toutes sortes d'avantages sociaux : éducation gratuite, santé, retraites, droit du travail, ...

Et quand la chute du mur de Berlin a sonné la fin de la guerre froide, il n'y avait plus aucune raison de se gêner !


Et quand on observe en France les deux grands axes de la propagande bourgeoise depuis des années on trouve :

1 - le dénigrement et la destruction des acquis sociaux (création artificielle du "trou" de la sécu, attaques contre les retraites, démantèlement du code du travail etc. )

2 - le lancement de grandes campagnes médiatique visant à susciter un sentiment collectif de peur (cf en 73 "la France a peur" de TF1 et les campagnes "sécuritaires" depuis 2002). pour faire croire au français que leurs biens et leurs vies sont menacés en permanence

L'exploitation outrancière du 9 septembre 2001 et la sur médiatisation systématique du moindre incident quotidien (un gosse casse la vitre du Proviseur : ca devient presque un acte de terrorisme, et si le gosse est en "bande", concept flou, c'est trois ans de prison ! :)

Visiblement on cherche - et on réussit partiellement - à créer un climat d'hystérie collective.


Ce qui conduit très logiquement à faire accepter deux grands types de réformes :

1 - on démantèle les acquis sociaux qui sont "archaïques" (la retraite c'est archaïque c'est bien connu !)

2 - on met en place un système répressif qui fiche et qui surveille tous les salariés (et qui les sanctionne impitoyablement même pour des broutilles. (cf loi Hadopi ou les peines planchers)


On peut donc raisonnablement en conclure que les réformes néolibérales font partie d'un plan d'ensemble destiné à transformer nos sociétés afin d'en faire des paradis capitalistes : tout pour le patronat, rien pour les salariés !

Ce qui, sur le plan économique, correspond au fonctionnement normal du capitalisme. La loi du profit impose de réaliser des profits toujours plus élevés, qui ne peuvent être obtenus qu'en exploitant toujours davantage les salariés !

Marx nommait cela la loi de la baisse tendancielle des taux de profits. Le fonctionnement normal du capitalisme aboutit toujours à des crises, et cela est vérifié depuis deux siècle - donc c'est une évidence. Or une "crise" du capitalisme c'est quand le profit baisse parce que les secteurs porteurs ne rapportent plus assez. (exemple: les bulles internet ou plus récemment celle du crédit immobilier)

Et quand les profit baisse, il faut restaurer le taux d'exploitation des salariés ...

Ce qui suppose à la fois de leur serrer la vis sur les salaires et les avantages sociaux et aussi de réprimer impitoyablement toute velléité de rébellion ...


Et dans le volet répressif on va très très loin .... encore cette semaine, après que la police ait laisser faire de mystérieux "casseurs" à Strasbourg on veut faire passer une loi qui empêche les manifestants de masquer leur visages ... et on sourit pour les photographes-ficheurs de la police politique sécrète de Sarkozy !!


Il y a tout de même un bémol dans cette propagande insensée.

La crise économique menace désormais le pouvoir d'achat et surtout les emplois d'un nombre grandissant de français.

Les sondages montrent que l'insécurité créée de toutes pièces par les médias compte désormais moins que l'insécurité sociale créée par les réformes ultralibérales et la crise mondiale du système capitaliste, peut être plus grave que celle de 1929

Crise dont tous les salariés sentent bien, intuitivement, que c'est eux qui la paieront pour garantir les profits de quelques dizaines de gros - et influents - capitalistes internationaux ...

Et la je crois que la peur change de camp ...

Aujourd'hui le sentiment d'insécurité mine les gouvernements qui savent que la moindre étincelle pourrait "mettre le feu" et qui manœuvre avec une extrême prudence ...

Ainsi la loi sur le licenciement des fonctionnaires (texte) a été prudemment mise en attente ... et chaque jour ce gouvernement aux ordres du MEDEF nous assure qu'il prend les mesures les plus énergiques contre le patronat ...

Et pour faire diversion on nous amuse avec une liste de paradis fiscaux - qui vont bien, merci pour eux - et cette liste bidon a même été encore expurgée ...

Ou encore on prend les mesures les plus énergiques contre deux ou trois dirigeants de société - mais sans toucher aux capitalistes - et on supprime les stock options qui bénéficiaient parfois aux salariés !

Et pendant ce temps les plus gros capitalistes tirent les ficelles et engrangent des profits incroyables, qui se chiffrent de milliers de milliards comme chacun a pu s'en rendre compte quand les Etats ont commencé à rembourser leurs pertes boursières ...


Encore un peu de temps et tous les salariés se persuaderont que tout cet argent volé aux travailleurs devrait leur revenir d'une facon ou d'une autre ...

11:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

La revendication pour la revendication n'a jamais été une philosophie. Il faut commencer par le commencement et poser les bonnes questions.
Sur quels principes voulons-nous que fonctionne notre société ? C'est une question philosophique.

Écrit par : JOINVILLE | 29 avril 2009

Philosophiquement je veux la liberté pour tous !

Or les régimes neoliberaux assurent le maximum de libertés ... pour ceux qui ont le maximum d'argent !

Et les autres ? tolérance zéro, répression et case prison !!


Ce qui donne des scènes très drôles aux USA (et bientôt en France) :

un clochard est condamne à une amende (vagabondage) et comme il ne peut pas payer, il est condamné à de la prison ..

a sa sortie de prison, il ne peut toujours pas payer, il est a nouveau condamné et retourne en prison ... etc.

et dans certains Etats à la troisième infraction c'est la peine plancher (comme en France !)

20 ans de prison pour un vol de pizza .... c'est possible aux USA (et très bientôt en France !)

A comparer avec les garanties offertes aux plus riches (cf les films américains) ou on a le droit de refuser de parler hors de la présence d'un avocat

Mais justement aux USA les plus pauvres ne voient guère les avocats ... que dans les films !!

Alors oui on veut la liberté pour tous, et pas une caricature de démocratie qui envoie les jeunes en prison pour avoir cassé une vitre ...

Mais c'est un choix philosophique bien sur :)

Écrit par : touriste | 29 avril 2009

Les commentaires sont fermés.