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10 août 2011

Comprendre la crise.

Un petit mot en passant pour faire suite aux evenements financiers qui se produisent et qui soulèvent questions et inquiétudes.

1 - Le mecanisme de la dette des Etats.

Flashback.

Années 1980. Le néolibéralisme décide de liquider le "socialisme" hérité de la guerre, c'est à dire les quelques mesures "sociales" visant à répartir au minimum les immenses richesses de la société du 20ème siècle.

20 ans plus tard, les politiques néolibérales ont littéralement pillées les ressources des Etats. L'argent récolté par les imôts et les cotisations sociales est détourné, souvent d'ailleurs tout à fait légalement, depuis les caisses publiques vers les poches des nantis.

Pour donner un exemple, qui mutatis mutandis doit être encore vrai, c'est l'époque ou la loi Beregovoy permet aux plus riches de se payer un bateau aux Antilles. Le prix du bateau est déduit de leurs impôts, ce qui revient à dire que l'Etat leur offre un yacht (!). Mais zencore par un montage technique l'investissement dans le bateau est déductible les années suivantes. Bref le beurre, l'argent du beurre et la crèmière (comme dirait DSK :)

Un double mouvement draine depuis des dizaines d'année l'argent public dans les caisses des plus riches. D'une part l'argent leur est donné sous forme d'incitations, exonérations, subventions et j'en passe des meilleures. D'autre part l'argent distribué aux simples salariés est repris pour alimenter le flux vers les plus riches. Les malades sont de moins en moins remboursés de leurs soins, les chomeurs de moins en moins indemnisés, l'éducation publique de moins en moins financée etc

Le système a pris une telle ampleur que pour financer les mesures de "dons" aux plus riches, les Etats doivent emprunter sur le marché des capitaux privés.

Ah les "marchés", un insondable mystère. Mais on va quand meme résumer: les détenteurs de capitaux (j'ai pas dit capitaliste c'est un gros mot aujourdhui :) sont des établissements financiers, quelques organismes institutionnels et des particuliers.

En fait l'essentiel des capitaux des "marchés" appartient in fine à de riches particuliers qui forment une classe sociale assez restreinte de l'ordre de 1 à 5% des populations des pays industriels. Eux sont invisibles, solidaires y compris au niveau international, et tirent largement profit du systeme de la dette.

Pourquoi ?  Eh ben le mecanisme est aussi simple qu'efficace.

a - L'Etat crée un déficit en donnant de l'argent aux plus riches (allez tiens juste pour rire, le "don électoral" aux restaurateurs nous coute par exemple 3 milliards d'euros chaque année :)

b - Quand les caisses de l'Etat ont été vidées, le gouvernement emprunte de l'argent sur les marchés des capitaux privés. Bien sur il paie un intérêt. Et bien sur les "capitaux" sont pretés par les plus riches qui sont inondés par l'argent versé par l'Etat et dont il ne savent plus que faire.

c - Bref l'Etat donne aux plus riches l'argent public et ensuite leur demande de preter cet argent contre le versement d'un intéret. Logique imparable, légalité (bourgeoise) parfaite.

La ou les choses se gatent c'est au niveaux des taux d'intérets versés par les Etats (et aux final par les simples salariés) aux plus riches. Ces taux obéissent aux lois du marché.

Les détenteurs de capitaux peuvent exiger des taux de plus en plus élevés. Aucun Etat n'a les moyens légaux de les en empecher. Pas plus que de les empecher de speculer contre un Etat en utilisant des instruments financiers (contrats à terme).

Pour donner de l'argent les plus riches exigent des rendements élevés. Mais pour avoir les moyens de payer des taux d'intérets aussi élevés, les Etats doivent serrer la ceinture de leurs citoyens (les salariés). Et on entre dans un jeu de chantage à peine dissimulé.

Si un gouvernement supprime les retraites des salariés, il récupère des miliards. Et donc il aura des milliards pour payer les intérets de la dette publique.

Si un Etat refuse de spolier les salariés, les détenteurs de capitaux (j'allais dire capitalistes, suis je bete :), alors on ne lui prete plus. Il ne peut plus payer ses dépenses, il est en faillite. Ce qui déja le cas de la Grèce.

Pour régler le problème de la dette, tous les Etats doivent réorganiser leurs économies de manière à ce qu'elles rapportent le maximum d'argent aux "détenteurs de capitaux" et donc forcément le minimum aux salariés.

Voila ou des décennies de néolibéralisme nous a conduit. Les peuples, y compris ceux des pays industrialisés, sont devenus les otages des capitalistes. Et les gouvernement renforcent cette forme de "terrorisme économique" en prétextant qu'il n'y a pas d'autres solutions.

 

2 - Briser le capitalisme ou se préparer à un avenir minable.

Bon j'exagère un peu sur le coté littéraire de la chose. Néanmoins les faits sont la.

Aujourdhui tous les Etats organisent la société de manière à ce que toute la richesse produite, par le travail des salariés, soit détournée de milles facons vers les poches des plus riches.

Et les discours de droite et de gauche n'ont pas d'autres alternatives que le tryptique Sarkozien :

- c'est la faute des étrangers (et surtout pas des valeureux capitalistes !)

- grace a notre politique (en faveur des capitalistes) nous avons évité la catastrophe

- il n'y a pas d'autres solutions que notre politique

Alors il faut démonter point par point ce tissu de mensonge que la droite et la gauche vont nous ressasser l'année prochaine (et ca commence déja :)

a - Les étrangers, il y a du bon et il y a du mauvais, mais sauf preuve du contraire c'est pas le plombier polonais qui se met dans la poche tous les jours les milliards volés dans les caisses des Etats. Et notamment par le mécanisme de la dette évoqué plus haut.

b - La politique des gouvernements libéraux ne sauve pas la situation mais elle l'aggrave. En refusant de taper du poing sur la table, elle tolère des agissements inacceptables. Une poignée de financiers et leurs ordinateurs lancent des menaces aux Etats. La solution n'est pas de discuter mais de les mettre en prison en votant des lois qui prohibent ces malversations.

L'exemple le plus parfait de collaboration entre les gouvernements libéraux et les capitalistes, ce fut au moment de la crise des subprimes.

Il aurait fallu sauver les salariés endettés et laisser crever les banques qui avaient spéculées sur la misère des salariés.

Tous les Etats, d'une manière coordonnées (ce qui implique au passage l'existence d'un Internationale des Capitalistes) ont laissé crever les victimes de la crise et ont renfloué les banques qui avaient perdu de l'argent dans cette spéculation foireuse et immorale.

Et comment ont-ils fait ? Je vous donne en mille !!

Les Etats ont repris à leur compte les pertes des banques et établissement financiers (Sarkozy a effectivement sauvé des banques, Obama aussi ...)

Mais ces pertes sont venues aggraver le déficit des Etats. Pas grave puisque les dits Etats ont aussitot emprunté de l'argent aux détenteurs de capitaux (banques, établissements financiers, riches particuliers)

Hélas les capitalistes sont implacables. Constatant que les déficits des Etats avaient augmentés ils ont flairé la bonne affaire et se sont mis a spéculer contre les finances des Etats.

Bon j'abrège la description d'une situation qui ressemble à un mauvais épisode de Laurel et Hardy ...

On pourrait résumer cela ainsi : les mécanismes financiers actuels sont comme ce jeu de dupe "pile je gagne, face tu perds"

Et donc on est parti pour des années de restrictions des avantages sociaux des salariés. Pour ramasser de l'argent qui va être donné aux plus riches. Lesquels vont l'encaisser ... puis en demander encore plus en menacant de mettre les Etats en faillite ...

Il faut casser ce cycle infernal, qui finira d'ailleurs par détruire les démocraties au profit de dictatures parce à un certain moment la vie deviendra insupportable pour les salariés et ceux qui se seront pas suicidés vont se révolter. Des régimes policiers et/ou militaires deviendront indispensables.

J'ai évidemment pas les réponses toutes faites (en plus c'est qu'un petit blog de province :)

- En premier il faut renationaliser toutes les activités bancaires. De toutes facons ces organismes ne nous servent à rien sous forme privées. En cas de bénéfices, seuls quelques privilégiés touchent le pactole. En cas de perte, ce sont les budgets publics qui les renflouent (et donc les salariés).

- En second, et afin d'éviter que les capitalistes entament des mesures de represailles economiques, il faut aussi nationaliser toutes les entreprises de reseaux (eau, electricite, gaz, communications). Faute de quoi les citoyens resteront les otages d'une minorité de capitalistes.

- Enfin il faudrait des lois pour surveiller les manoeuvres financieres douteuses.

- Et a mon avis il faudrait coordonner ces politiques entre plusieurs pays.

 

 

PS.

Ce que je dit vous parait caritural et un poil trop "anti capitaliste" ?

Alors examinez comme les choses se passent aux USA.

La dette de l'Etat, comme partout provient des cadeaux aux plus riches depuis les années Reagan. Pour combler le déficit il faut que les USA empruntent de l'argent. Mais alors le remboursement de la dette devient exorbitant.

Pour réduire le déficit, deux options complémentaires : réduire les dépenses / augmenter les impots.

La majorité des députés américains - issus des classes privilégiées - ont donc refusé qu'on augmente les impots car cela toucherait les plus riches (ceux qui profitent de la crise)

Et ils ont laissé comme seule solution la réduction des dépenses sociales (aides médicales et retraites des vieux notamment)

Ca en devient grotesque. Les plus riches sont prets a laisser crever les 3/4 de la population pourvu qu'on ne touche pas a leur argent .... argent largement gagne par leurs speculations, notamment sur la dette des Etats, dette qui provenait deja de leur egoisme ..

Eh bien cette methode qui se voit si bien aux USA est celle mise en place par etapes dans nos pays.

Methode qui consiste a faire payer la crise de rendement (baisse des taux de profit) des capitaux detenus par les nantis en ponctionnant les salariés ...

A méditer. Et il est urgent de casser ce systeme.

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