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28 avril 2007

Suicide politique.

Aujourdhui Segolene Royal va rencontrer Bayrou et lui expliquer pourquoi le programme du PS est "compatible" avec le programme de droite de Bayrou. Le but de la manoeuvre etant de rallier les electeurs de Bayrou. Il s'agit veritablement d'un suicide politique en direct live !!

Derriere la manoeuvre politicienne, pretendument habile, il y a une incomprehension profonde de la situation politique issue du resultat du 22 avril.


1 - La premiere evidence c'est une confusion complete, et sans doute intentionnelle, sur la veritable nature du candidat Bayrou.

En 30 annees de carriere politique Bayrou a defendu les idees de droite, sur une ligne democrate chretienne, sans jamais devier.

Ministre de d'Education en 1994 il provoque la manifestation d'un million de personnes pour defendre l'ecole laique menacee par son projet de modification de la loi Falloux.

En 2005 il combat pour le Traite europeen ultraliberal, rejete par les Francais.

En 2006 il vote la loi creant le CPE, annule suite a un soulevement populaire.

Et dans son programme actuel, disponible sur son site Bayrou il reprend avec des mots differents la quasi totalite du programme de Sarkozy, par exemple : allegement des charges des entreprises, allegement de l'ISF et de l'impot sur les succession, remise en cause des 35H, limitation du droit de greve, rejet des politiques de redistribution des richesses, etc.

Bayrou allant meme jusqu'a copier textuellement le fameux slogan sarkozien :« Permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus pour gagner plus » !

Clairement Bayrou appartient a la droite pure et dure !!


2 - une meprise sur les raisons du vote en faveur de Bayrou

Premier element : a la difference de 2002 les elections de 2007 ont montre une reelle volonte de changement social. Le bilan lamentable des annees Chirac Raffarin Villepin et Sarkozy conduit les electeurs a s'interroger sur le neoliberalisme.

Meme le candidat UMP, celui de la continuite "radicalisee", s'est cru oblige de batir sa campagne sur le theme de la rupture !

Deuxieme element : l'irruption du theme social dans la campagne presidentielle. Le plus celebre exemple est le fameux discours d'Agen de Sarkozy dans lequel il evoque les "ouvriers" avec des mots et des expressions empruntes au PCF !

C'est une grande difference d'avec 2002 ou le theme de l'insecurite avait etouffe le debat politique a l'occasion de grandes manipulations mediatiques.

Troisieme element : les electeurs de Bayrou sont des electeurs detournes du vote Sarkozy et du vote Royal, a egalite entre les deux, et une fraction des nouveaux electeurs "rebelles" mais peu politises. Pour le detail voir par exempleSondage BVA (pdf)


3 - la bifurcation du PS vers la droite est elle efficace ?

La moitie des electeurs de Bayrou qui proviennent du camp socialiste votera Royal.

L'autre moitie qui provient du camp sarkozyste votera aussi Sarkozy. Changer de programme politique en cours de route a peu de chance de les attirer, car les deux programmes sont similaires.

Il reste la fraction des indecis, car presque un tiers des electeurs Bayrou provient des "extremes". (le vote Bayrou etait aussi une forme du "vote utile")

Pour ceux la l'orientation a droite de Royal risque de faire l'effet d'un repoussoir et de provoquer soit le vote Sarkozy, soit le vote "peche a la ligne" !

Au final en droitisant son programme, tandis que Sarkozy gauchise le sien (verbalement !) la candidate du PS contribue a embrouiller les electeurs.

En montrant qu'elle est autant a droite que Bayrou, lui meme aussi a droite que Sarkozy, la candidate du PS se tire une balle dans le pied !!

Et sauf sursaut national, comme au deuxieme tour de 2002, l'election est deja perdu pour le PS.

Triste ! Mais c'est la consequence de choix politiques deliberes !!


Et je ne suis pas le seul a faire cette analyse. Hier Emmanuelli vient de lancer un appel, tres incantatoire, a creer un veritable parti de gauche. Le Monde

C'est une tentative desesperee pour sauver la candidate PS en gauchisant son image.

Mais je crains que cela ne suffise pas a contrecarrer les effets destructeurs du ralliement flagrant de Royal au programme de la droite lors du debat avec Bayrou.



PS. Un document de la Fondation Copernic est consacre a Bayrou, avec cette citation :

« Lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche » Alain, 1930.


Et pour battre Sarkozy la mobilisation continue !!
Le Monde

27 avril 2007

Vivre sous le sarkozisme.

La campagne prenant une tournure tragi comique, ou l'on ne parle plus de reformes ni de programmes, mais alliances improbable. Et ou l'evenement mediatique du jour est un non debat (sic)

Bref il ne reste plus qu'une seule solution, comme le disait Besancenot, nous devons tranformer l'election du 6 mai en un referendum anti Sarkozy !

Pourquoi eliminer Sarkozy ?

Voila quelques reponses claires. Je suis bien entendu pret a publier pour chaque affirmation la partie du programme de Sarkozy qui met en oeuvre la mesure decrite. Cela dit je ne viens pas ici pour promouvoir le programme reactionnaire de Sarkozy mais pour en denoncer la dangerosite.

Concretement le "sarkozisme" c'est cela :


- le droit de licencier sans motifs serieux deviendrait la regle

- le droit de greve serait restreint par la loi

- la duree du travail ne serait plus limitee

- le repos hebdomadaire et les conges seraient grignotes

- le salaire minimum disparaitrait progressivement

- les droits des salaries seront progressivement effaces

- le code du travail modifie en faveur du patronat


- tous les services publics seraient peu a peu privatises

- le statut des fonctionnaires serait abroge


- la population serait mise sous surveillance policiere

- les pouvoirs de la CNIL seraient reduits

- la justice a deux vitesses serait generalisee (citoyens/elites)

- l'immigration deviendrait une reserve d'esclaves


- le traite liberal europeen serait adopte sans referendum

- la France appuyerait les guerres americaines


D'une facon generale la nouvelle societe serait calquee sur les regles sociales et economiques anglo saxonnes.

Voila ce qui va arriver en cas de victoire de Sarkosy !!


Notre societe actuelle est imparfaite mais elle peut devenir pire !


Mobilisation generale pour battre Sarkozy !!



PS. Publicite post electorale, le SAV en quelque sorte :) Besancenot.

25 avril 2007

Securitaire.

En ce moment il circule sur l'internet le livre "Ruptures" de Serge Portelli, membre du Syndicat de la magistrature.

Par exemple ici : Betapolitique.

C'est l'occasion de faire le point, vu par un professionnel, sur des sujets qui agitent l'opinion depuis des annees sous l'impulsion de politiciens demagogues.

Le livre rappelle des evidences, la mesure de la delinquance c'est d'abord la mesure de l'activite des services de police.

La consommation de drogue n'augmente pas lorsque les interpellations augmentent, c'est simplement le ministre qui demande aux policiers d'interpeller les consommateurs de hash !

La veritable mesure de la delinquance se fait avec des enquetes dont personne ne parle et qui donnent des resultats plus nuances.

Par ailleurs le livre revient sur le "tout repressif", importe des USA et defendu notamment par Sarkozy.

Bref un ouvrage qui casse bien des idees recues et remet les choses a leur vraie place.

Et qui denonce le danger pour notre societe du projet "securitaire" de Sarkozy.

A lire !

C'est gratuit :)

21 avril 2007

Pour une gauche anticapitaliste.

Derniere note de campagne et dernier extrait du programme presente par Besancenot.

1. Pour une nouvelle force anticapitaliste

Ainsi, la période ouverte par la chute du Mur de Berlin en 1989 et la virulence de l’offensive capitaliste dans sa phase néolibérale ont modifié les enjeux et les lignes de partage à gauche. Il y a désormais deux gauches au sein de la gauche. L’une, dominée par l’idéologie et la pratique social-libérale, a abandonné définitivement tout idée de changement de société. Elle est ainsi conduite à gérer le système aux conditions étroites fixées par la globalisation capitaliste, adoptant donc, à des nuances près, pour l’essentiel les mêmes contre-réformes que celles des autres libéraux. L’autre partie de la gauche rejette les limites et contraintes du système dans une perspective de changement réel. Ce partage entre les deux gauches ne coïncident pas avec les frontières actuelles des partis ou des organisations sociales tels qu’ils sont. Les soutiens du parti socialiste, des verts ou du parti communiste, comme les militants du mouvement social sont eux-mêmes traversés par cette partition. Dispersés, les partisans de l’anticapitalisme sont affaiblis. Nous militons pour leur regroupement dans une nouvelle formation, apte à exprimer politiquement le véritable rapport de forces en faveur d’une gauche 100% à gauche. Cette nouvelle force devrait regrouper les organisations et courants politiques se réclamant de la gauche radicale et toutes celles et ceux qui cherchent et chercheront une issue hors du capitalisme, qui refusent de se soumettre aux diktats du système en participant à des gouvernements de gestion de l’économie et des institutions capitalistes. Quand ce mouvement s’enclenchera, on peut supposer qu’il entraînera des parts des organisations politiques de la gauche actuelle, mais surtout des animateurs du mouvement syndical, altermondialiste, comme du mouvement social en général.
Faire face aux tâches nouvelles, c’est surmonter les divisions passées et oeuvrer à l’unité de tous ceux qui partagent le même projet d’émancipation sociale. Le nouveau parti dont le monde du travail a besoin ne naîtra pas de simples regroupements au sommet. Il naîtra des initiatives des travailleurs-ses eux/elles-mêmes, de leurs interventions sur le terrain des luttes sociales mais aussi politiques, comme les comités du « non de gauche » en ont donné l’exemple. Il naîtra des mobilisations de la jeunesse qui donnera à l’idée de faire de la politique autrement un contenu concret, vivant, dynamique en tournant le dos aux moeurs hérités de la socialdémocratie et du stalinisme, le carriérisme et le mépris de la démocratie. La construction d’une force nouvelle anticapitaliste prendra appui sur les espoirs et les aspirations des militants comme des électeurs de gauche qui sont restés fidèles à leur volonté de transformation sociale.

Il va de soi qu’au sein de cette nouvelle force, tous les problèmes de la stratégie de lutte anticapitaliste devront être repris à nouveaux frais, en particulier la question que nous proposons au débat de la rupture nécessaire pour abattre ce système et imposer une autre logique sociale. Et donc celle de la perspective révolutionnaire, socialiste, communiste et démocratique que nous défendons. La LCR lutte pour qu'apparaisse une nouvelle organisation de ce type, dont elle contribuera loyalement au développement, pour peu que les conditions du débat démocratique interne soient garanties.

2. Front uni dans les luttes

Seule l’entrée en action de masses les plus larges permet de vérifier la portée des accords et désaccords entre les organisations, et leurs propositions respectives. Si le débat démocratique nécessite la confrontation des histoires, des idées, des programmes, il reste incomplet tant que des tests pratiques ne sont pas disponibles. C’est aussi la raison pour laquelle le débat d’idées (indispensable) ne saurait faire obstacle à l’unité la plus large dans l’action contre les mesures libérales. Si chaque organisation marche séparément en fonction de ce qu’elle propose (comme perspective globale, comme mot d’ordre immédiat et comme formes de lutte), il faut frapper ensemble chaque fois que possible. La LCR n’a pas d’intérêts propres qui s’opposeraient à des accords pour la lutte. Sur un terrain d’ensemble ou sur des thèmes plus restreints, elle cherche toujours à constituer un front unitaire des partis et organisations qui se réclament des intérêts populaires contre ceux du patronat et de la bourgeoisie. Elle s’adresse à ces organisations telles qu’elles sont, pour favoriser la mobilisation sur ce qui est commun. Ces accords pratiques doivent renforcer le caractère démocratique de la lutte et respecter la liberté de parole et d’initiative de chaque organisation.

3. Un débouché anticapitaliste

Nous récusons le reproche de « maximalisme », qui nous est parfois adressé : “ pour eux, c’est la révolution ou rien… ” ; ou, plus prosaïquement, l’accusation de refuser de “ mettre les mains dans le cambouis ”. Ceux qui nous adressent ce reproche viennent de partis qui se sont bureaucratisés, transformés en agences de professionnels de la politique attirés par les séductions du pouvoir. La discussion n’est jamais posée dans les termes d’un débat concret : gouverner, mais sur quel programme et pour quelle politique ? Nous sommes disponibles en permanence pour un tel débat.

Ce qui vaut à l’échelle gouvernementale, vaut quoiqu’à d’autres niveaux pour les institutions comme les mairies, conseils généraux et régionaux. Tout dépend de la politique proposée et surtout mise en oeuvre. Nous soutiendrions toutes les mesures qui amélioreraient la situation des travailleurs et les droits démocratiques. Nous contribuerions à leur mise en oeuvre si les électeurs nous en donnaient la responsabilité. Mais nous resterions fidèles à ce pourquoi nous luttons et ne participerions à aucune coalition contradictoire avec ce combat.

4. Pour un gouvernement au service des travailleurs

La question du “ gouvernement ” cristallise bien des espoirs et des confusions. Dans le cadre parlementaire et électoral est entretenue l’illusion qu’un changement de majorité parlementaire pourrait suffire à engager un changement politique fondamental : la mise au service des classes populaires de la machinerie étatique jusque là au service des dominants. Il s’agit bien d’un leurre : cette machinerie étatique est conforme aux intérêts des dominants. Son fonctionnement ne peut être inversé pour être mis au service des intérêts opposés. Toutes les expériences historiques, des plus anciennes aux plus récentes, le confirment. En conséquence l’objectif doit être celui d’une rupture révolutionnaire, qui ne peut être opérée que par les masses mobilisées, se dotant de leurs propres instruments de pouvoir.

C’est pourquoi, à la coalition répétée de partis de gauche avec les intérêts de la bourgeoisie, nous opposons la coalition politique de tous les partis et organisations décidées à s’attaquer réellement au pouvoir capitaliste, à former un gouvernement au service des travailleurs, aussi fidèle à leurs intérêts que les gouvernements dans le cadre capitaliste le sont aux intérêts des dominants.

Il faudrait engager pour cela immédiatement une réforme fiscale égalitaire, en finir avec les institutions de la Cinquième République, installer un réel pouvoir démocratique dans la société, oser des incursions au nom du bien commun dans le domaine sacro-saint de la propriété privée des grands moyens financiers et des moyens de production, combattre la mondialisation capitaliste et installer des rapports égalitaires de coopération Nord/Sud, imposer une politique de désarmement et de sortie de l’Otan, proposer aux autres peuples européens d’avancer vers une refondation démocratique et sociale de l’Europe (avec un droit du sol généralisé pour tous les résidents), défendre et démocratiser les services public, marcher vers une appropriation sociale.

La LCR prendrait ses responsabilités dans un gouvernement de ce type. Elle sait que l’application d’un tel programme impliquerait la confrontation avec les classes dominantes, et exigerait une formidable mobilisation populaire, susceptible de faire émerger de nouvelles formes de pouvoir donnant à un gouvernement anti-capitaliste les moyens de sa politique.

Urgence !

Il y a urgence. Les exploité-es et les opprimé-es de ce pays, la gauche elle-même ont un besoin pressant de cette force anticapitaliste. Il y a un besoin urgent d’une gauche qui ne courbe pas l’échine au premier vent, d’une gauche de combat, déterminée à riposter aux attaques d’une droite arrogante et d’un patronat qui, à l’échelle nationale, européenne ou internationale, poussent sans cesse l’avantage.
Une vraie gauche, à la hauteur des défis à relever : capable d’imaginer une société nouvelle et de lutter pour la construire. Une gauche enfin qui assume avec fierté d’être elle-même, 100% à gauche.

La Gauche ?

Les petits candidats ayant beneficie d'une large diffusion tele de leurs programmes vers 3H du matin je reproduis quelques extraits du programme politique du candidat que je soutiens, Besancenot, sur un theme cle de cette election : ou elle est la gauche ?

Y-a-t-il une gauche dans la gauche ?

Dans la seconde moitié des années 90, l’Europe comptait 13 gouvernements sur 15 à participation socialiste, ou dirigés par la social-démocratie. Jamais cette composante de la gauche n’avait été aussi influente. Non seulement aucun des traités libéraux précédents (dont celui de Maastricht) n’a été remis en cause, mais ils furent scrupuleusement mis en oeuvre, et renforcés par de nouveaux traités et accords. En France, le gouvernement de la gauche plurielle a plus privatisé d’éléments du secteur public que les deux gouvernements de droite qui l’avaient précédé. Dans d’autres pays, cette politique libérale des socialistes a été encore plus loin, comme dans l’État Espagnol ou en Italie. La “ troisième voie ” de Tony Blair est celle qui a donné la cohérence théorique la plus construite à cette évolution, mais en Allemagne « l’agenda 2010 » du gouvernement Schröder de coalition avec les Verts n’en est guère éloigné en pratique.

La social-démocratie européenne s’est désormais moulée dans le cadre libéral. A la notable exception d’une partie du PS français, elle a unanimement soutenu le projet de constitution libérale organisant « la concurrence libre et non faussée ». Le “ changement de société ” naguère revendiqué par un parti comme le PS français appartient au passé. Dans le cours du siècle précédent, jamais ce parti une fois parvenu au pouvoir n’a réellement mis en cause les racines de la société d’exploitation, quand il n’a pas volé à son secours, jusqu’à l’infamie du soutien aux guerres coloniales. Mais il trouvait dans chaque cas des prétextes de circonstance à ces politiques : le changement, le vrai, était renvoyé aux calendes. Il est désormais carrément abandonné. Le ralliement de la social-démocratie européenne à « l’économie sociale de marché » des nouveaux libéraux est un long processus, amorcé chez certains dès la fin de la guerre mondiale.

Ce processus a connu des seuils et des paliers, comme le congrès de Bad-Godesberg où la social démocratie allemande a renoncé officiellement au marxisme ou les renoncements accumulés en France sous les septennats de Mitterrand. La chute du mur de Berlin, celle du stalinisme, ont accéléré cette évolution, acceptant comme indépassable l’horizon du capitalisme, sous prétexte d’éviter la dictature de “ l’économie administrée ” . Les discours de Tony Blair sur « la troisième voie » , ceux des conseillers de Schröder sur le « nouveau centre », le « réformisme réformé » d’un DSK ne font qu’officialiser cette mue idéologique qui accompagne une fusion organique de plus en plus poussée entre les cercles dirigeants de la social démocratie et ceux du grand patronat.

Cette évolution bouleverse la place de la social-démocratie dans la gauche. En particulier, l’espace où sa politique peut sérieusement se distinguer de celle des partis de la droite classique diminue, jusqu’à parfois disparaître. Dans ces conditions, les partis alliés qu’elle entraîne sont, quelles que soient les intentions proclamées, conduits à partager la responsabilité de cette atténuation des frontières entre le centre-droit et le centre-gauche. La distinction entre les deux “ centres ” est d’ailleurs fragile, même sur le plan des proclamations théoriques. Il s’agit au mieux d’opposer “ une société de marché ” (passion des libéraux) à une “ économie sociale de marché ” qui serait au service de l’humain. Comme la logique de ce marché est impitoyable, (c’est celle de la marchandisation de tout “ le social ”), l’opposition se réduit en définitive à limiter ou tempérer les ravages des politiques capitalistes libérales, acceptées comme inévitables. C’est “ le social-libéralisme ”, dont le contenu est le libéralisme et l’écume le social.

La coupure avec les bases sociales traditionnelles de la social-démocratie qu’entraînent ces politiques ont conduit certains partis socialistes à la rupture (comme en Allemagne) ou à des tensions sérieuses (comme en France). Au sein de la social-démocratie et de certains secteurs de gauche qui lui sont alliés, existe ainsi la volonté de résister aux dérives social-libérales, mais, la plupart du temps, accompagnée de l’illusion que la réponse à une telle évolution réside dans le retour à l’âge d’or du passé, aux années 50 et 60, même en admettant pudiquement que cette période (celle des guerres de libération coloniales) n’était pas un “ âge d’or ” pour tout le monde. Des politiques économiques d’inspiration keynésiennes, appuyées sur des institutions financières adaptées, un État rétabli dans sa vocation sociale, un renforcement des secteurs et services publics, une meilleure protection des salariés contre la rapacité patronale, un chômage faible et des emplois plus stables, un retour au partage revenus/profits plus favorable aux premiers : voilà le rêve de ces courants. Si un tel “ retour ” aux sources de la social-démocratie se manifestait, il constituerait certainement un progrès par rapport aux renoncements actuels. Mais ce rêve fait la plupart du temps abstraction des rapports de force qui ont obligé les classes dominantes de l’époque à ces compromis effectivement moins favorables pour elles. Pour récupérer des droits ou des acquis sociaux liquidés depuis le début des années 80, il faudrait infliger des reculs considérables aux classes dominantes et accepter d’organiser une confrontation d’ampleur avec le capitalisme. Exactement celle que propose la gauche radicale.

Finalement, c’est bien à ce point qu’en sont rendus les dirigeants de la social démocratie et ses alliés. Le réformisme qu’ils opposent à notre alternative révolutionnaire ne conduit pas à des réformes, même plus lentes et modestes que ce que nous voudrions. Comme stratégie d’accommodement avec la bourgeoisie, ce réformisme devient pour le social-libéralisme au mieux une politique d’accompagnement des contre-réformes libérales. En ce qui concerne par ailleurs le parti communiste le choix se fait toujours plus délicat entre une alliance de soumission avec le social-libéralisme (comme pendant l’expérience de la gauche plurielle) et une alliance de combat des forces antilibérales et anticapitalistes.

Tout ceci ne signifie pas qu’il n’y ait plus aucune différence entre la droite et la gauche, et entre les partis qui parlent en leur nom. Le clivage gauche/droite demeure structurant pour la vie politique en France. Question d’héritage de combats passés, question de valeurs de référence qui restent encore distinctes, même si la portée symbolique de ce clivage s’efface du fait d’un rapprochement effectif entre social libéralisme de gauche et libéralisme social de droite. Surtout, les forces sociales qui soutiennent l’une et l’autre continuent à être durablement séparées. Comme le montre la leçon donnée par le « non de gauche » au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, les problèmes et les espoirs immédiats de ceux qui votent socialiste, vert, communiste peuvent souvent conduire à des exigences communes avec ceux qui votent pour les partis de la gauche radicale. C’est la raison pour laquelle nous ne confondons pas la gauche et la droite.

La majorité du parti socialiste n’a plus grand chose de commun avec la social démocratie d’avant-guerre, par sa composition sociologique (en particulier celle de ses directions), ou celle de sa base électorale. Mais même ainsi il reste soumis à une contradiction majeure : assumer la soumission aux exigences de la globalisation capitaliste au risque de se couper des couches populaires (comme en avril 2002), ou développer un discours plus apte à être entendu de celles-ci, mais au risque de voir une fois de plus les actes démentir les paroles.


PS. Cette analyse est l'occasion de rappeler que pour les salaries, le vote utile c'est le vote 100% a gauche pour defendre leurs interets !! Demandez le programme ! (pdf)